Jordan & la PMA

Chroniques d’une PMA – Une vision d’homme ?

Introduction

Quand je débute ce témoignage, on est en pleine seconde période d’injections quotidiennes (ou stimulations comme on dit), et peut-être la dernière car on est plein de bonnes ondes pour que ce soit la bonne. Et je pensais pas en apprendre autant sur : moi, mon couple, l’humain, la société en général. Et encore, je crois que je ne fais que gratter la surface…

Ca fait 8 mois qu’on est en PMA (pour Procréation Médicalement Assisté). C’est long… Ca fait court dit comme ça, mais il faut se mettre en tête qu’en fait c’est pas juste 8 mois dont on parle ici : c’est près de deux ans de tentatives infructueuses, c’est concrètement 2 ans de frustration. Car quand un couple te dit qu’il est en PMA, ben c’est qu’il en est pas à son coup d’essai. Faut se dire que ce couple a déjà minimum 1 an de coïtus non interruptus (pas forcément dans la joie, mais ça je vais y revenir) avant d’avoir passé des tests (enfin, surtout elle, ça aussi on va y revenir), qui ont abouti à la mise en place du parcours PMA… Et c’est pas rien.

Parcours PMA. Déjà rien que le nom en y repensant j’aurais dû me douter que ça allait être la merde. Si toi qui me lis tu te dis que c’est juste un de ces trucs de langages pour éviter de dire autre chose, comme quand on te parle de “plan de départ volontaire” pour parler de “licenciement massif”, et bien : tu as tort. C’est un parcours de combattant: un vrai. Mais c’est pas physique (enfin un peu quand même), c’est un parcours de combattant mental. Parce que les trucs qui sont mis à l’épreuve dans ce parcours sont: ton ego, ta patience, ta résistance à la frustration, et ta capacité de soutien moral (et celui-ci est très, très, très important).

Les débuts

Donc la PMA c’est déjà un avant: soit comment tu y viens. Alors au début on est un couple, la vie est belle, on veut un petit monstre, ou plusieurs même, on a des étoiles dans les yeux, le sexe est chouette, on s’aime tout ça. Bref c’est cool. Et puis 1 mois passe. Puis 2, puis 3, puis 4… Et toujours pas de monstre en construction. Du coup techniquement comment ça se passe : elle va se renseigner, prendre sa température, s’installer des applis pour checker son cycle, lire sur le sujet (beaucoup). Je pense que c’est surtout elle qui va en parler autour de soi, en tout cas ça a été le cas pour nous parce que, en tant que “mec” ben on parle pas franchement de ça entre potes, ou alors c’est juste moi… (je généralise, pour ceux qui en parlent: double pouce bleu à eux). Du coup toi, l’homme, concrètement tu vas montrer que t’es là, pas en buvant des bières et manger des chips, mais en faisant soutien moral. Et petit à petit vous allez parler PMA, parce que vous allez découvrir que plein de gens autour de vous y ont eut recours (oui il y a un tabou là dessus, c‘est fou), et vous allez passer des tests (et là encore une fois : surtout elle, mais on y reviendra).

Comment je l’ai vécu ? Facile, comme ça vient pas, et bien je me sens con. Pas forcément parce que ça vient pas, mais surtout parce que je vois dans les yeux de ma compagne que ça va pas. Et je peux juste rien faire. Donc con, et inutile. De base je prends donc une petite gifle sur l’ego.

Est-ce moi ? Ai-je un coup de mou ? Que fais-je mal ? La plupart des premières questions que je me pose sont centrées sur moi. Interrogations que je gère, ben comme je peux, hein, c’est le début. Donc mal. Parce que pendant les mois qui ont précédé le début de la PMA j’ai un cumul de frustration. Bon alors dans notre cas particulier, il y a aussi le fait qu’en même temps que nos premiers essais, on veut aussi changer de vie. A l’époque on est en capitale et on veut la quitter, pourquoi pas même changer de pays, je prends des cours de conduite pour passer le permis, bref des tas de projets en tête, qui vont pas tous aboutir forcément: tout ça pour dire que la vie elle continue aussi à côté. Donc quand t’as envie de choses qui n’arrivent pas, forcément : t’es frustré. Et comme tout frustré, je suis un peu à fleur de peau. Sauf que que souvent (je crois) quand on est frustré matériellement, on compense par autre chose (surtout moi): le sport, la bouffe ou le sexe (surtout ça), les trois à la fois. Mais là, le sexe m’énerve.

Oui soyons honnête, à ce stade le truc un des trucs m’énerve le plus: c’est le sexe. Et de toute façon on ne peut pas, ne pas parler de sexe dans un parcours PMA. Donc posons le sujet tout de suite : j’aime le sexe. Vraiment.
Sauf que comme je le disais plus haut: elle contrôle son cycle. Ce qui provoque la chose suivante: les ébats commencent à s’effectuer autours de certaines dates. Quand t’aimes le sexe, la limitation calendaire tu la vois vite. Et tu la digères pas forcément bien. Et dans ton couple commencent à s’installer de petites phrases comme “oui mais de toute façon la ça sert plus à rien, on a passé la date”. Et là ça fout les boules. Parce que dans mon inconscient de mâle, pragmatique et terre à terre et frustré: si ca marche pas c’est qu’on le fait pas assez. Et quand t’as envie et que t’entends “là ca sert à rien”, tu te dis deux choses:

● Qu’est ce t’en sais ? (ben ouais après tout hein, pourquoi que là que ce serait pas la bonne, hein? Et pourquoi que tu te tromperais pas d’abord parce qu’après tout t’es pas ton ovaire, donc tu sais pas vraiment, hein ?! Là c’est ton éducation patriarcale qui surement s’exprime en toi… Et la frustration, surtout elle)


● Mais sinon on peut pas juste baiser ? (Là c’est le cerveau reptilien qui a pris la suite et qui est en accord parfait avec ton éducation) Et là c’est rude. T’as envie de hurler tout ça. Mais si tu le fais tu la blesses, tu blesses ton couple, tu te blesses ! En gros tu te tires une balle dans le pied, ce qui en plus de faire mal est complètement idiot, et contre-productif.
Donc là concrètement c’est de la prise sur soi, c’est essayer de comprendre ces émotions, de jongler avec, et essayer d’en parler. De trouver les moments pour en parler. Avec le recul, je pense sincèrement que j’en ai pas parlé assez, ou que j’ai pas trouvé les mots, du coup j’ai surtout pris sur moi. Mais d’un autre côté, elle aussi elle a de la frustration, et elle essaie de la gérer comme elle peut. Donc j’ai ravalé mes fiertés, mes seconds cerveaux, mes envies primaires et j’ai fait avec. Pas facile. Mais bon…
D’autant que y a un autre ennemi à l’horizon. Et t’as plutôt intérêt à vite tuer tes démons, sinon il te reste plus grand chose d’énergie pour t’occuper de celui là. Ce démon là: c’est les ton entourage, also known as, les autres…

Les autres

Ah les autres… J’ai tendance à dire que “la pression elle n’a qu’une place: le bar”. Du coup la pression sociale me passe un peu au-dessus de la tête. Je veux dire par là que je ne vais pas me forcer à faire quelque chose sous cette contrainte culturelle, ou à défaut, le faire plus vite. Par contre, tout le monde est derrière toi pour savoir ce qui se passe, et le pire c’est qu’ils s’en rendent pas compte ! Du coup finalement le seul endroit ou elle est pas, c’est au bar, comme quoi on en deviendrait presque alcoolique… La blague ! Bref :

●  Elle est au travail quand tes collègues parlent de leurs gosses et finissent par te demander “T’as des enfants? Non ? Pourquoi ?”,

●  Elle est avec tes potes, quand ta meilleure amie m’annonce qu’elle est enceinte, et te tape sur l’épaule “bon et vous c’est pour quand?”,

●  Elle est dans ta famille quand tes parents te placent vite fait entre le fromage et le dessert “Bon c’est quand que je suis grand-mère ?” Alors comme je suis (je pense) quelqu’un d’assez coulant, et plutôt bienveillant, je réponds volontiers à toute ces questions sans trop me prendre la tête et sans y faire attention. C’est de la discussion convenue, c’est comme ça, j’arrive à faire avec. En même temps il se trouve que j’ai certaines lectures pro-bienveillance, type Don Miguel Ruiz et ses 4 accords toltèques, du coup j’essaie de pas trop prendre les choses personnellement (on note tout de suite que ca marche vaaachement moins bien quand ca touche le sexe hein… Je dis ça mais encore je pense que je m’en suis pas trop mal sorti #bisoubiceps ). Mais force m’est de reconnaître que ma moitié n’est pas dans ce cas, et je pense que c’est pas la seule personne. Bref, ça pèse. Et comme on est un couple, ce poids, il me revient forcément sur la tête, puisque je la soutiens. En fait je m’aperçois que tout le monde vit dans ce convenu, et personne ne pense à quel point ses questions relèvent de l’intime. Comme si j’allais demander à ma meilleure amie pendant le café : “au fait, t’avales ?”. Il y a des moments où on se demande même quand quelqu’un va nous proposer de nous filmer ou de nous accompagner pour voir ce qui cloche et nous conseiller ; genre un coach-copulation (on tient un truc là coco!). Mais personne ne pense au degré de frustration que tu peux avoir, au degré de colère que tu empêches constamment d’exploser pour lancer ce style de réponses :

●  Aux collègues : On s’est dit vu le monde actuel, ce serait criminel d’infliger ça à une vie de plus. Mais vous avez l’air de bien le vivre c’est cool.

●  A tes potes : Ben non je suis stérile et ma femme aussi. Mais félicitations hein !

●  A tes parents : Bon, on le touche quand l’héritage ? Tu repasses le café tiens ?
En fait, faire un enfant (damn, j’ai failli parler de processus de pro-création…) c’est aussi un parcours initiatique. On apprend le contrôle de soi (ou le non-contrôle de soi, c’est selon), mais aussi et surtout on apprend un tas de chose sur notre société. Faudra que je pense à le remercier d’ailleurs le petit bout quand il sera là, parce que rien que le fait de le fabriquer m’apprend tellement de choses sur les rapports humains.


Mais je pourrais parler des heures de ces remarques incessantes. Je me dis que j’aurais dû dire que je voulais pas d’enfants aux gens, ca m’aurait évité tout ça, mais comme j’en ai vu dire à des copines “T’es encore jeune, tu changeras d’avis”… Je note au passage que en tant qu’homme d’ailleurs, j’ai été énormément épargné (oui, toujours pas égaux de ce côté là). Si j’avais eu le nombre de remarques que ma compagne a reçues, je pense que j’aurais eut des propos beaucoup plus violents. Et le plus difficile c’est quand ça vient de ceux que t’aimes le plus: la famille.


Le pompon a été décroché le jour où la soeur de ma compagne nous a annoncé son propre “heureux événement”. Alors soyons clairs: nous étions ravis pour elle, mais il a fallu faire une pause familiale rapidement car nos relations avec eux se sont dégradées à une vitesse supra-luminique. Alors j’avoue au début j’ai pas compris non plus. Je m’explique : mon frère m’annonce que sa femme attend le second, je suis content pour eux, basta. Donc quand la situation quasi-similaire arrive du côté de mon épouse (l’annonce de l’arrivée du monstre de sa soeur donc) et que je la vois qui tire une tête de six pieds de long, je lui pose la question “Que pasa ?”. Ce qui nous fait l’occasion d’une discussion : rapide, simple, concise. J’ai compris. Bon. Ben cette même discussion rapide, simple et concise elle l’a également eue avec sa famille, dont la principale intéressée : sa soeur a compris, ses parents non.

Mais alors vraiment pas compris… Pourtant c’est pas compliqué en soit, quand tu demandes gentiment “Ecoutez, je suis ravie pour elle, et je suis ravie que vous soyez contents. Maintenant pourriez-vous éviter le sujet en ma présence, ça me met très mal ?”. Un ami me demanderait ça, que je dirais “ok”, et ce même si je n’en comprends pas la raison. Eux non, ils vont t’imposer leur vision, ils comprennent pas que tu puisses agir en vert, quand eux agissent en bleu. Et je crois que la pire réaction du monde a été placée “Mais comment tu feras quand le bébé sera là, tu vas refuser de le voir ?”… Mais juste ta g… ! Je l’ai toujours mauvaise contre ses parents. Je les aime bien. Mais ça c’est en travers de la gorge. Pour le moment c’est sous le coude, un dossier de plus. Le genre qui ressortira le jour ou je serai très en colère. La période après l’accouchement ils ont remis le couvert. Vous connaissez le principe de la “dick pic” ? Quand la fille reçoit une photo de bite alors qu’elle a rien demandé ? Ben c’était le florilège de photos de bébé, alors qu’elle n’avait rien demandé. Je leur en veux toujours. C’est un deuxième dossier.


Je leur en veux. Je leur en veux parce que non contents de pas comprendre et de lui dire “qu’elle était sûrement trop stressée et que c’est certainement pour ca que ca ne marchait pas”, ils faisaient rien pour arranger la situation. Je lui ai demandé si elle voulait que j’intervienne, elle m’a dit que ca changerait rien. Ben vous savez quoi, je m’en veux aussi de pas être intervenu quand même.
Enfin… Arrive un matin où pendant le petit déjeuner tardif elle me dit “on lance les démarches”, et la je lui souris, je lui prend la main, je réponds “ok, je prends rendez-vous chez le doc” et je reprends un croissant (bon ca ne s’est peut-être pas exactement passé comme ça, mais fallait un peu de joie là). Le parcours débute donc après ce croissant. Et ce parcours il démarre avec des tests.

Les tests

Les tests c’est quoi ? Alors c’est une phase où un mec en blouse blanche va te demander à toi comme à elle de faire des tests sur tes spermatozoïdes, et sur ces ovules et ovaires afin d’établir l’éligibilité du couple au démarrage du parcours PMA. Première surprise : c’est comme en boite de nuit, on peut se “faire refouler”. Bref…

Je serais tenté de dire que c’est une phase tranquille pour les hommes, mais en fait, on a quasi rien à faire de tout le parcours.
1 test. 1 seul. Pas 2, pas 3 ni 14, mais un seul test : le spermogramme. A côté de ça, l’épouse doit avoir: courbes de températures, bilan hormonal, examens cliniques, echographie, prises de sangs.

Et alors le test… Mais quel test ! 5 jours d’abstinence éjaculatoire (2j au minimum) qui aboutissent sur un rendez-vous chez un spécialiste qui nous amène dans une petite salle où il faut se laver le sexe et se caresser jusqu’à jouir dans un petit verre gradué. Et t’as même pas besoin de ramener le verre au comptoir, le médecin le fera pour toi. Elle est pas belle la vie ?!

J’étais dégoûté, j’avais et j’étais mal pour elle.


Je corrige rapidement une erreur: il n’y a pas un, mais 3 tests. Mais les 3 tests peuvent être effectués sur le même prélèvement ! A ce stade, j’avais presque envie que ce soit moi le problème. Mais même comme ça, je me serais senti tout aussi inutile.
Bon il s’est trouvé que tout allait bien de mon côté (on a dit que mon sperme était au top, donc c’est le moment où je roucoule). A ce stade je ne peux pas ne pas avouer que je n’ai pas fait ce test que pour nous. Je veux aussi nous rassurer évidemment, et montrer que tout est ok, mais quelque part je grinçais des dents à l’idée d’être potentiellement stérile. Mine de rien ca enlève un poids à ce stade. A elle aussi. A nous donc. Joie.
Du coup ca veut dire quoi ? Et bien :

●  au mieux : on part sur des injections quotidiennes,

●  au pire : on va en FIV direct.


Les résultats tombent : on a droit aux stimulations. Le spécialiste nous explique donc les injections. En écoutant, je ne peux pas m’empêcher de revoir Kyle MacLachlan faire des injections dans les fesses de sa femme dans “Sex and the City”. Les connexions du cerveaux des fois… Bon ce sera pas dans les fesses (presque déçu, ça aurait pu être drôle :P). Ce sera dans un “bourrelet de gras” sur le côté du nombril. Ok. Rapide coup d’oeil à ma femme, on se comprend, c’est pas vraiment l’endroit ou elle “stocke du gras”. Passons. L’aiguille elle est comment ? Ah quand même. Bon mettons… Facile ? Oui je veux bien croire ça pour vous, c’est votre métier. Après tout je trouve ça facile de configurer votre plateforme téléphonique. Ok, et donc ça tous les soirs jusqu’à une prise de sang (encore une oui!) qui indiquera si on continue encore un peu avant qu’on provoque l’ovulation avec ce … Ce BIC 4 couleurs ? Non ? Ce tournevis sonique ? Non plus. Ben ça y ressemble quand même vachement docteur. Ah en plus vous en avez de différentes couleurs et le nôtre ce sera le vert ? Vous voyez c’est donc bien un BIC (blague) ! Bon et si la prise de sang dit non ? On continue les injections jusqu’à une autre prise de sang (la belle affaire) et là ça devrait le faire. Ok. Si on a tout compris ? Oui, oui…

Voilà, c’est à peu près comme ça que j’ai vécu ma dernière rencontre avec le spécialiste, et l’explication sur les injections et le fameux “stylo BIC sonique” qui permet le déclenchement.

L’humour cache un malaise: comment vais-je faire pour enfoncer ce truc pointu long de deux centimètres dans le ventre de mon épouse sans lui faire mal ?

Stimulations: première

Faisons-la courte: je ne me sentais pas l’âme d’un infirmier. Non pas que je m’évanouisse à la vue d’une seringue, mais simplement je ne me sentais pas capable. La peur de piquer de travers, de lui faire mal en tentant d’introduire l’aiguille, il y a des gens dont c’est le métier merde, c’est pas pour rien ! Alors oui, quand on m’a servi la possibilité de passer par un cabinet d’infirmier pour les injections, j’étais d’accord, j’ai même poussé pour.

On a donc opté pour que des gens qualifiés viennent nous voir tous les soirs pendant quasi une semaine. C’est contraignant pour elle. Ca veut dire que tous les soirs où il y a besoin de cette piqûre, elle attend quelqu’un entre 18h et 19h. Je vous parle pas des week-ends ou tu veux sortir voir des potes: “ah ben chérie, c’est 17h, il faut rentrer”.

Je m’en veux avec le recul. J’ai une grosse part de responsabilité dans ce choix et franchement, piquer, j’aurais pu le faire, c’est pas sorcier.


Je m’en veux car au final, je trouve que ça fait très “fuir ses responsabilités”, et ça ne montre pas vraiment à ta partenaire que t’es impliqué. Genre tu veux un gosse mais que pour les bons côtés et comme tu trouves que c’est pénible tu délègues : “Alfred, faites le pour moi voulez-vous, j’ai une partie de bridge avec des amis.”.

Mais bon, ce que je n’imaginais pas (naïveté ou optimisme ?), c’était que ça allait prendre plus de temps que prévu. Oui car à ce stade je me dis que c’est réglé, on a démarré les injections, donc fin du mois elle m’annonce qu’elle n’a plus ses règles et qu’elle est enceinte. Ben non.

Première tentative, échec : madame réagit trop bien. Faut réduire le dosage sinon on a un risque de produire des triplés. Seconde tentative, rebelote : Madame réagit toujours trop bien, il faut changer de produit et de dosage. Ah on a finalement le bon dosage (le plus petit possible). Je me dis naïvement que la troisième c’est la bonne. Le médecin nous donne ainsi le “go” pour l’injection qui va provoquer le lancement de l’ovule. Et là démarre donc un marathon sexuel sur 4-5 jours. Et puis ca ne marche pas. Et faut recommencer les injections. Et encore le marathon. Et tu recommences tout encore une fois…

La frustration. Le dépit.


A partir de ce point, ça fait presque six mois, et il n’y toujours pas de monstre en vue. Le moral est bas. Elle fatigue. Moi aussi. A la précédente tentative elle ne savait déjà pas quoi penser, si elle se sentait de refaire une série. Elle voulait faire un break. J’en avais besoin aussi, mais j’ai proposé qu’on refasse une tentative supplémentaire avant. Pourquoi ? J’aurais pu me ruer sur cette porte de sortie. J’en avais marre du sexe imposé, j’en avais marre de l’attente avant qu’on nous dise de recommencer, j’en avais marre de voir mon épouse fatiguer de plus en plus suite aux injections. Mais j’avais aussi envie de ce monstre. Et ça m’a paru une bonne façon de lui montrer.

Ne pas juste “subir” ces étapes, mais proposer de s’en imposer une supplémentaire, montrer que j’y crois aussi, montrer que je suis là pour elle, et pour ce petit bout qui se fait attendre.

Ca n’a pas marché. Elle m’a reposé la question du break, je lui ai dit “ok, ca nous fera du bien”.

Break

On a donc fait un break d’injections d’un cycle complet, et ce fut bienvenu. Plus de coup de barre. Plus de pression. Elle était mieux, j’étais mieux, on s’est retrouvés et c’était cool. Ca fait du bien !
Avis aux futurs exploitants du parcours PMA : n’hésitez surtout pas à faire un break pour vous retrouvez si ça ne marche pas plusieurs tentatives de suite. Ce fut un soulagement pour deux, un moment de joie. Et surtout, surtout, ce break est une occasion de faire le point : sur ce qu’on veut, sur comment aborder la suite, sur les erreurs faites, etc. Et par l’analyse de ce bilan, tirer de bonnes conclusions.

Stimulations: la suite

On a donc relancé les injections après ce break d’un mois. Et le gros changement, c’est que nous les faisons nous-même. Ca change tout. Déjà parce qu’on peut partir quand on veut de chez les copains, il suffit juste de prévoir le coup et de partir avec sa seringue et son petit produit dans une petite glacière de voyage. Ensuite parce que ca me permet de réellement m’impliquer complètement et de ne plus déléguer. Je ne cache pas que la première injection, j’étais plutôt tendu. D’autant que c’est vraiment pas si évident de percer la peau humaine, même avec un truc aussi pointu qu’une aiguille (j’aurais bien dis fin, mais ce n’est pas si fin que ça non plus). T’es là avec ta seringue à la main, et tu revois toutes ces scènes de film qui ont fait ta jeunesse:

●  Ewan qui craque et se fait le “fix” qui l’amènera à l’hôpital

●  John qui plante Uma pour lui sauver la mise dans le salon de son dealer

●  Nicolas qui s’enfonce l’aiguille qui lui sauvera la vie sur le rocher Et puis finalement elle me regarde et se retient de rire quand tout ce que je trouve à faire c’est de décompter “3, 4… 12!” avant d’insérer ces deux cm de métal dans un bout de gras pincé. C’est fait, je suis dedans. J’appuie donc, et aussitôt injecté aussitôt sortie : l’aiguille fini sa vie dans la poubelle prévue à cette effet. Finalement je suis content. Je suis content parce que là j’ai pas juste l’impression de juste être là pour la partie insémination. Et mine de rien ça fait une sacrée différence. Pour elle aussi c’est plus agréable: t’as plus l’inconnu du soir qui vient que pour ça. Alors ok, nos infirmiers étaient sympas, et honnêtement je les remercie.

Mais c’est quand même plus agréable de faire ça soi-même. T’es plus juste le “reproducteur” t’es conscient de ce parcours de ce parcours. Tu le vis pleinement.

Bon ça ne change pas le fait que le sexe est toujours imposé. Mais personnellement je le vis mieux depuis que je fais ces injections: à droite les jours pairs, à gauche les jours impairs, petit rituel du soir qui donne finalement beaucoup d’espoir. Un moment de partage, et d’amour.
Je suis quelqu’un qui a pas mal de croyances étranges, malgré mon pragmatisme ou mon rapport à la science. Alors non je ne suis pas croyant, mais j’ai foi en plusieurs choses. C’est pas forcément aisé de l’expliquer mais par exemple je pense sincèrement que lorsque je touche quelque chose en étant plein de bonnes intentions, cette chose va me rendre ce positivisme. Alors oui, ça fait hippie dit comme ça. Mais bon, c’est comme ça. Mais finalement, le fait d’avoir pris le temps de faire les injections a amené deux choses plutôt positive : la première est que mon épouse avait moins de bleus post-injections (#bisoubiceps), la seconde c’est que j’ai eu moins de mal à vivre l’imposition calendaire de notre sexualité, et par voie de conséquence, me voyant plus motivé, elle aussi.

Voilà.
Ainsi s’achève mon témoignage, car à ce stade on attend les derniers résultats de la dernière tentative. Je ferais bien volontiers plus d’analyse sur ce que je ressens mais pour le moment je suis occupé à croiser les doigts. On croise tous nos doigts. Soyez sympa si vous me lisez, faites le aussi.

Jordan

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de