Chapitre 3 : Les autres

Être en PMA, c’est avoir un emploi de temps digne d’un entrepreneur ou pire … celui d’un PDG!

Les absences, les retards qui ont lieu plusieurs fois par semaine ne passent pas inaperçus. J’ai mis rapidement dans la confidence mes super chefs du moment qui m’ont beaucoup soutenu. Je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde, et je m’en sens très chanceuse.

Le travail

J’ai quitté mon travail dans une très belle entreprise (Au Bout Du Champ) avec une rupture conventionnelle. Fin 2018, j’ai perdu mon grand-père et la rentrée a été rude. Je n’étais toujours pas enceinte et mes règles sont arrivées le jour de l’enterrement de papi. J’étais fatiguée. Pas physiquement, mais j’étais comme dans un état d’errance. Je ne trouvais pas ma place au travail. Je ne m’y sentais plus épanouie et je ne comprenais pas trop ce que je faisais là exactement. On peut clairement dire que mes chefs avaient exactement le même regard sur moi ! Tant mieux, on était sur la même page. Je suis donc partie. J’ai eu de la chance de tomber sur eux.

Avant de quitter mon poste, il s’est écoulé quasi deux mois. Je commençais la PMA, et toutes les analyses qui vont avec. En CDI, avec des horaires fixes, je devais poser des congés pour faire ces rendez-vous. J’en ai rapidement parlé à mes collègues afin qu’ils comprennent mes demandes d’absences aussi régulières. Je suis partie fin février, en apprenant que la première insémination artificielle n’avait pas fonctionné.

Julien et Joseph ont compris. Je crois que peu de chefs d’entreprise aident les femmes à combler leur désir de maternité. Pourtant, n’est-ce pas une des choses les plus naturelles et saines au monde ? Quand j’ai passé mon entretien chez eux, je me suis sentie suffisamment à l’aise pour dire que mon mari et moi souhaitions un autre enfant. Cela n’a dérangé personne. Quand j’ai raconté mon entretien à mon entourage, tout le monde m’a dit que j’étais folle de parler ainsi de notre désir d’enfant.

« C’est vous qui êtes fous ! » Comment ne pas parler de « ça » ?! De cette faim intérieure, cette envie omniprésente et dévorante d’avoir des enfants ? Pourquoi séparer vie professionnelle et vie personnelle alors que l’une et l’autre sont intrinsèquement liées ?

Je le répète : j’ai eu de la chance. Peut-être ne leur ai-je pas dit assez, mais merci. Merci d’avoir compris mes absences pour des prises de sang, des rendez-vous gynécologiques et autres tests en tous genres. C’est une chouette entreprise, humaine (normal, non ?).

Les amis

Aïe … c’est LA partie douloureuse. Je ne me sens pas accompagnée par eux. C’est normal et il n’y a absolument aucune rancoeur. Je suis à un moment de ma vie où j’ai besoin d’être entourée par des femmes qui vivent la même chose que moi. Et je remercie chaleureusement toutes celles qui sont présentes dans le groupe privé Facebook auquel je suis inscrite. Nous sommes un certains nombre, nous ne nous connaissons pas, nous vivons à des kilomètres des unes des autres et pourtant je me sens très proche d’elles. Nous avons en commun ce désarroi et cette espérance d’avoir un enfant.

La plupart de mes amis n’ont pas d’enfant. Il y a donc, déjà, un quotidien très éloigné entre eux et moi. Sans compter que j’ai aussi un chat et un chien (je ne compte pas mon mari comme un animal de compagnie.) J’ai mis du temps à comprendre ce fossé qui existe entre eux et moi.

J’ai essayé de les tenir au courant de l’avancée de la PMA. Sans succès. Et c’est aussi normal, j’accepte. Nous vivons des choses très différentes. Sérieusement, nous sommes dans des mondes parallèles. Nos problèmes quotidiens sont éloignés. On pense tous aux courses ou à passer l’aspirateur. Mais personne ne pense à se piquer à 22h30 puis à mettre le réveil à minuit pour refaire une piqûre. Non … personne autour de moi ne fait ça (ou alors je ne suis pas au courant).

L’amitié, c’est aussi accepter ces instants d’éloignement qui ne durent pas mais qui existent. Ça me fait penser que certains soucis du quotidien, importants pour eux, ne le sont absolument pas pour moi. Et cela peut créer des tensions, des distances. Mais le plus important, c’est de respecter cette distance, de la comprendre et de ne pas avoir d’aigreur parce que mes problèmes ne sont pas les leurs. Comment pourraient-ils comprendre mon quotidien ?!

À mes amis, je leur dis qu’ils seront toujours invités à notre dîner hebdomadaire du vendredi soir, que je les aime fort malgré nos diverses préoccupations. Ma gestion du temps avec eux est juste d’apprécier les meilleurs moments, de les aider à traverser eux aussi des épreuves de la vie. À être présente, simplement.

La famille

Vaste sujet.

Tout le monde est au courant. Les parents, les beaux-parents, la soeur, le beau-frère, les belles-soeurs, les tantes, les oncles, les cousins, les partenaires des cousins, la marraine. Pourtant.

Pourtant, je me sens envahie de silence.

Dans ma famille, on parle trop. Il n’y a pas de secrets. Même si on dit un secret, tout le monde l’apprend. C’est le téléphone arabe en permanence. Il y a quelque chose de très rassurant dans notre manière de fonctionner. Mais parfois, cette omniprésence est dure à gérer, pour tout le monde. Nous avons tous des instants de vie que nous ne voudrions pas partager. Dans ma famille, c’est impossible. Ce n’est pas un secret ! On en rit tous et on sait qu’on peut compter les uns sur les autres dans absolument toutes les épreuves.

Ils sont donc aux premières loges de la PMA. Surtout mes parents. Prises de sang, insémination, ils sont au courant de tout. Même si je ne souhaite pas partager mon planning PMA, ils ont ce truc de parent d’appeler pile à l’instant où j’ai le nez dans le process. C’est le sixième sens parental !

Parfois, j’ai l’impression qu’ils vivent cette PMA plus sérieusement que moi. Je suis leur fille, je comprends, étant moi-même maman. Il y a ce lien puissant qui multiplie les émotions. Ils sont souvent dans le trop et je dois souvent leur répéter que tout va bien. Que je vais bien, que mon fils va bien, que mon mari va bien. Je dois régulièrement exploser ce ballon d’anxiété qu’ils ont en eux.

Ma belle-famille quant à elle, est tout l’inverse. On ne dit rien. C’est là, mais on n’en parle pas. Je switch donc perpétuellement entre le trop et le rien. C’est très spécial. Je sais qu’ils savent, heureusement, et je sais qu’ils sont présents et aident à leur façon. Ils sont là, je n’ai qu’à demander. Ils me laissent juste cet espace d’air, cet espace de vie pour saisir ce qu’il se passe.

Mais alors, pourquoi je me sens envahie de silence ? Pourquoi ai-je le sentiment de ne pas faire partie de ces familles ? Je me sens détachée d’eux. Est-ce parce que je n’arrive pas à agrandir, construire ma propre famille comme je le souhaite ? J’ai dans la tête l’image d’une famille unie, forte, prête à tout. Suis-je prête à accepter qu’Ezra peut être enfant unique ?

Pour eux, c’est si sûr que la PMA va fonctionner. Pourtant, à chaque fois que les vois, je suis envahie d’un espace blanc. D’une page vide, d’un manque. Ma belle mère a eu quatre enfants, ma soeur et ma belle-soeur ont chacune deux enfants. J’ai arrêté de compter les cousins de mon mari ainsi que leurs enfants, je me perds. Serais-je dans la famille cette maman à la marge, avec un enfant unique ?

Je pense soudainement à ces couples qui n’ont pas encore le droit d’avoir des enfants alors qu’ils le désirent. Quelle horreur de refuser à ces gens aimants la présence d’un enfant. Alors je ne me plains pas, « j’en ai déjà un », comme on me dit. Mais il y a un espace manquant.

Alors je comble cet espace en prise de sang, en dosage hormonal, en insémination et en feuille de soins. En espérant, chaque jour, chaque minute, que mon corps me fera l’immense plaisir d’accueillir un enfant, encore.

Edit

Je découvre les dessous d’instagram et de ce travail un peu hors du commun de l’accompagnement et du bien-être.

Je me rends compte que je vais évoluer dans un milieu pas forcément évident et je ne souhaite absolument pas me transformer en bête féroce avide de likes et de visibilité. Ce que j’aimerais par dessus tout c’est AIDER, en toute sincérité et de la manière la plus douce possible.

Alors je continuerai de faire les choses que j’aime mais à ma manière sans plus jamais me compromettre.

Bénédicte

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